Crise du CBD en Autriche : fleurs de chanvre interdites hors des bureaux de tabac

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L’Autriche, souvent citée en exemple pour sa tolérance envers le CBD, traverse une période de turbulences sans précédent. Depuis le printemps 2025, une décision gouvernementale a bouleversé le marché : les fleurs de chanvre riches en CBD sont désormais considérées comme des produits du tabac.

Une mesure administrative qui, en apparence, ne semble être qu’un changement de catégorie… mais dont les conséquences économiques, juridiques et sociales sont bien plus profondes. Derrière cette requalification, c’est tout un écosystème légal et commercial qui vacille.

Pourquoi l’Autriche a reclassé les fleurs de CBD

La décision émane d’une modification du §5 de la loi autrichienne sur les produits du tabac (Tabak- und Nichtraucherinnen- oder Nichtraucherschutzgesetz), entrée en vigueur le 1er mai 2025. Selon le ministère fédéral autrichien de la Santé, ce reclassement vise à « assurer une meilleure traçabilité et une taxation adaptée » des produits contenant du chanvre.

En clair : toute fleur de chanvre, même sans THC, est désormais assimilée à du tabac, soumise à la même fiscalité (34 % de taxe), aux mêmes restrictions de vente, et réservée aux buralistes agréés.

« C’est une mesure de précaution », affirme un représentant du ministère, « face à un marché qui échappait à tout contrôle structuré. »

Colère dans le secteur du CBD : « On nous étrangle »

Du côté des professionnels, la réaction est immédiate et sans détour : c’est la survie de centaines de petits commerces qui est en jeu.

« En deux mois, on a perdu plus de 60 % de notre chiffre d’affaires », confie Elias K., gérant d’un CBD shop à Graz. « Le pire, c’est que nos clients ne comprennent plus rien. Ils croient qu’on vend un produit interdit. »

Les fleurs de CBD représentaient parfois jusqu’à 80 % des ventes pour certains magasins. Le nouveau cadre fiscal et réglementaire oblige désormais les détaillants à retirer leurs produits, sous peine d’amende, sauf s’ils obtiennent une licence de buraliste — un agrément long, coûteux, et quasiment inaccessible pour la majorité des acteurs du CBD.

Un avantage net pour les buralistes

Avec ce reclassement, seuls les tabacs agréés peuvent légalement vendre des fleurs de chanvre. Un quasi-monopole qui provoque une distorsion du marché évidente :

  • Les buralistes n’ont ni la même expertise, ni la même variété de produits que les boutiques spécialisées.

  • Les clients se retrouvent avec une offre plus limitée et souvent plus chère.

  • Les détaillants, eux, voient leur activité paralysée alors qu’ils avaient investi depuis des années dans un marché légal et en croissance.

Des recours juridiques engagés

Face à cette reclassification brutale, l’Österreichische Hanfverband (ÖCB), qui représente les intérêts des détaillants de CBD, a déposé plusieurs recours juridiques devant les tribunaux autrichiens et européens.

« Ce reclassement viole le droit européen, notamment le principe de libre circulation des marchandises », affirme Me Andrea Knoll, avocate à Linz spécialisée en droit commercial européen. « Il crée une entrave injustifiée à la liberté d’entreprendre. »

L’issue de cette bataille judiciaire pourrait faire jurisprudence, non seulement en Autriche, mais dans d’autres pays de l’Union européenne où la législation sur le CBD reste floue ou évolutive.

Une zone grise juridique pour les commerçants et les clients

En attendant les décisions de justice, les commerçants sont contraints de naviguer à vue. Certains continuent à vendre des fleurs en précisant qu’elles sont « à usage décoratif » ou « non destinées à l’inhalation », d’autres ferment provisoirement, ou reconvertissent leur offre vers des huiles et cosmétiques.

Côté consommateurs, la confusion règne :

  • Ai-je encore le droit d’acheter du CBD ?

  • Puis-je me faire contrôler si je transporte une fleur légale ?

  • Les produits sont-ils sûrs ?

L’insécurité juridique s’installe, et avec elle, la méfiance des clients — pourtant nombreux à consommer du CBD pour des raisons de bien-être, d’anxiété ou de troubles du sommeil.

Ce que ça change concrètement pour vous

Voici ce que le nouveau cadre implique si vous vivez en Autriche ou si vous y voyagez :

Situation Réponse claire
Acheter des fleurs de CBD en Autriche Oui, uniquement dans les bureaux de tabac agréés
Transporter des fleurs achetées en Autriche Oui, si elles respectent le taux de THC < 0,3 %, mais conservez la preuve d’achat
Acheter en boutique CBD ? Non, sauf si la boutique est aussi agréée comme buraliste
Apporter des fleurs en France ? ⚠️ Toléré si elles respectent la législation française, mais attention aux contrôles

Quel avenir pour le marché autrichien du CBD ?

Malgré la crise actuelle, les acteurs du secteur ne baissent pas les bras. Ils misent sur :

  • Une diversification des produits (cosmétiques, huiles, infusions…)

  • Des procédures judiciaires en cours pour faire annuler le reclassement

  • Une mobilisation citoyenne : pétitions, tribunes, actions collectives

« Le CBD n’est pas du tabac. C’est un produit bien-être. Ce n’est pas en l’associant aux cigarettes qu’on va rassurer les consommateurs », déplore Elias, le commerçant.

En conclusion

Ce reclassement est bien plus qu’un simple changement administratif. Il cristallise un choix politique : celui d’encadrer le marché du CBD en favorisant des structures existantes — ici, les buralistes — au détriment des indépendants spécialisés.

Mais cette décision pourrait bien se retourner contre ses auteurs. En déséquilibrant le marché, en suscitant la défiance, et en attisant le flou juridique, elle pourrait fragiliser un secteur qui, jusqu’ici, avançait vers une normalisation paisible.

L’Autriche est-elle en train de tirer un trait sur l’essor du CBD ? Ou assiste-t-on à une crise passagère avant un rééquilibrage plus juste ?

La réponse viendra sans doute… du droit européen.